Rappel de l’histoire du Comité International BUCHENWALD-DORA et KOMMANDOS

Le Comité International Buchenwald Dora et Kommandos actuel, né après la guerre, est le gardien de la mémoire du Comité International clandestin qui joua un rôle déterminant dans la résistance interne aux SS dans le camp. Il est le défenseur des valeurs humanistes qui sous-tendirent le combat des internés pour résister à l’œuvre de mort et de déshumanisation des nazis. Il se veut fidèle au serment prêté par les rescapés le 19 avril 1945 pour la construction d’un monde de paix et de liberté.
Le Comité International clandestin, fondé il y a 70 ans en 1943, fut la concrétisation du combat mené d’abord par les antifascistes allemands pour prendre le contrôle de l’administration interne du camp, puis par l’ensemble des résistants des différentes nations pour améliorer le sort de leurs codétenus, et organiser la résistance aux SS. Le 11 avril 1945, à l’approche des armées américaines, le Comité International déclencha l’insurrection libératrice qui se rendit maîtresse du camp.
Après la libération des camps, il fallut attendre avril 1952 pour qu’une réunion des anciens détenus ait lieu à Weimar et Buchenwald, à l’initiative de la Fédération internationale des Résistants (FIR) et de l’Association des victimes du nazisme de la RDA (VVN). Le colonel Frédéric-Henri Manhès, un des importants dirigeants de la résistance clandestine française à Buchenwald, et président de la FIR, proposa et mit en place un comité de liaison des anciens détenus, qui prit rapidement le titre de CIB (Comité International de Buchenwald), puis ultérieurement de CIBD (Comité International de Buchenwald Dora). Son objectif était de maintenir le lien avec l’ancien Comité International clandestin, et de reconstituer, malgré la guerre froide, la solidarité née dans le combat.
La présidence du nouveau Comité fut confiée à Marcel Paul, militant communiste et syndicaliste de premier plan avant la guerre, principal animateur de la résistance française dans le camp, qui fut après la guerre, dans le gouvernement du Général de Gaulle, ministre de la production industrielle et artisan de la nationalisation de l’Energie (création d’Electricité de France). Marcel Paul associa ses camarades allemands, en tant que Coprésidents, à la direction du Comité. Il y eut successivement Walter Bartel (1964-1992), ancien Président du Comité International clandestin, puis Emil Carlebach (1992-2000).
Marcel Paul eut l’immense mérite de réussir, malgré la guerre froide qui faisait rage, à rétablir le lien avec l’ancien Comité clandestin et reconstituer ainsi la solidarité née dans le combat. Le Comité nouvellement créé devait permettre, en dépassant les affrontements politiques, de rassembler les camarades des différents pays des deux blocs. Ainsi furent représentés aussi bien l’Autriche que la Tchécoslovaquie, l’Allemagne fédérale (RFA) aussi bien que la République démocratique allemande (RDA). Marcel Paul réussit ce pari de rassembler les anciens détenus de toute l’Europe grâce à sa large ouverture d’esprit, en dépit des vicissitudes de la situation internationale, et notamment de réserves exprimées par le parti communiste (SED) de la RDA.
Pierre Durand, important résistant français, joua un rôle de premier plan dans la résistance clandestine dans le camp, en tant qu’interprète aux côtés de Marcel Paul. Succédant à ce dernier à sa mort en 1982 comme Président du Comité International, soutenu par le coprésident allemand Walter Bartel, il poursuivit l’œuvre de Marcel Paul, en ouvrant le CIBD à des pays non encore représentés, dont le Danemark, et au-delà même de l’Europe, aux USA et au Canada. Accueillant d’autre part en 1995 l’Etat d’Israël au CIBD, il contribua à développer, à côté de l’hommage rendu à la résistance antinazie, la dimension génocidaire de la mémoire à Buchenwald et à Dora, déjà représentée au Comité par les délégués de la communauté Sinti et Rom.
Grâce à son ouverture d’esprit et son sens de la diplomatie, il fit traverser au CIBD la période délicate de l’après réunification, et noua des contacts fructueux et amicaux avec la nouvelle administration des Mémoriaux, ainsi qu’avec les autorités politiques de Thuringe. Grâce à lui, le CIBD, représentant 28 pays, devint un acteur incontournable de la mémoire à Buchenwald et à Dora, et respecté de tous. Le Mémorial de Buchenwald a, en reconnaissance de son action, donné son nom à la salle de lecture du bâtiment de la documentation.
Il parvint à ce résultat, lui, le résistant et déporté antifasciste exemplaire, sans transiger aucunement sur les valeurs auxquelles il était attaché, et qu’il maintint au CIBD tout au long de sa présidence. Préoccupé de la pérennité des institutions du Comité, il institua un bureau de 6 membres (le Président, le Trésorier, les représentants de l’Allemagne et de la France, les deux secrétaires) assurant en permanence la direction du Comité.
Appelé à succéder à Pierre Durand, atteint par la maladie, en 2001, Bertrand Herz, déporté de France à Buchenwald à l’âge de 14 ans en juillet 1944, s’est efforcé de suivre le chemin tracé par son éminent prédécesseur, en s’appuyant sur son expérience associative, notamment comme secrétaire général de l’association française des anciens déportés à Buchenwald et Dora pendant 8 ans, et en se référant à son propre passé d’enfant juif déporté à 14 ans et devenu orphelin apres la disparition de sa mère à Ravensbrück et de son père au camp extérieur de Niederorschel). C’est ainsi qu’il a condamné avec vigueur toutes les tentatives de banalisation de la mémoire de la barbarie nazie en gommant son but final : la destruction totale de la civilisation européenne.
Il a par ailleurs continué à nouer des contacts avec l’environnement mémoriel et politique allemand, notamment par l’acceptation solennelle par la ville de Weimar, le 14 juillet 2007, du testament des anciens détenus.
Préoccupé par la disparition des témoins de la barbarie nazie à Buchenwald, Dora et leurs camps extérieurs, Bertrand Herz à commencé à mettre en place, à partir de 2011, une organisation permettant la pérennité du fonctionnement du Comité international. Chaque membre déporté du Comité a été invité à ce choisir un successeur. Ce processus s’est achevé avec l’élection en 2016 d’un nouveau président, Dominique Durand et le renouvellement du conseil d’administration et du comité exécutif du Comité international.
A coté de Bertrand Herz et de ses prédécesseurs, d’anciens détenus jouent et ont joué un rôle fondamental dans la vie du Comité. Leurs biographies sont présentes sur ce site.
Actuel Premier vice-président Günther Pappenheim a dû son internement à Buchenwald à un formidable acte de courage. Fils d’un député social-démocrate opposé à Hitler et assassiné par les Nazis, lui-même jeune adolescent victime de la persécution antisémite, il a manifesté sa solidarité avec des Français victimes du nazisme en jouant leur hymne national ; cela lui valut deux ans de souffrances dans le camp. Premier vice-président, représentant l ‘Allemagne, dont il préside l’association Buchenwald-Dora il a joué un rôle éminent pour la préservation de la mémoire de la résistance clandestine dans le camp.
Son camarade Ottomar Rothmann, interné lui aussi très jeune, est un membre assidu du CIBD et plus encore un des principaux représentants de nos camarades au Beirat des détenus de Buchenwald. Ed Carter-Edwards fit partie des 168 aviateurs alliés qui, abattus en mission au-dessus de l’Europe occupée, se retrouvèrent internés quelques mois à Buchenwald au mépris des lois de la guerre. Représentant du Canada, il est l’animateur infatigable des manifestations en leur hommage.
Alojzy Maciak, président de l’association polonaise, a entamé des actions importantes pour la présence de non déportes au sein du CIBD.
Parmi les camarades disparus, hélas les plus nombreux, figurent les résistants antifascistes allemands fondateurs et premiers Vice-présidents du Comité, ou associés de près à sa création et à son développement : Walter Bartel (1904 -1992), Président du Comité International clandestin, Emil Carlebach (1914 -2001), le doyen du bloc 22, le bloc des Juifs, un des artisans du sauvetage des « enfants de Buchenwald », Willy (Wilhelm) Schmidt (1911 – 2003), Reinhold Lochmann ( 1914 – 2008), le spécialiste transmissions de la Résistance clandestine.
Nos camarades délégués de l’Europe de l’Est maintenant disparus ont tous été des membres assidus et actifs du Comité, malgré les événements qui ont affecté l’Europe: guerre froide et antagonisme entre les deux blocs, puis remodelage des Etats à la suite de la chute des régimes communistes. Citons Sergej Bogdanow ( 1920 – 2011), premier représentant de l’URSS, puis Emil Alperin ( 1922 – 2009) pour l’Ukraine, Dimiter Ditschkow (1912 – 2005)) pour la Bulgarie, Petru Muresan (1917- 2012) pour la Roumanie, Miloslav Moulis (1921-2010) pour la Tchécoslovaquie, Milivoj Lalin (1925-2012) et Milan Filipcic (1920-) pour la Yougoslavie), Myquerem Fuga ( Décédé en 2004) pour l’Albanie.
Avec l’entrée de l’Etat d’Israël au CIBD en 1995, Robert Büchler (1930-2009) en devint le représentant. Par lui la mémoire de la Shoah devint partie prenante de la mémoire de Buchenwald et Dora au sein du Comité International. Historien, il avait écrit un ouvrage sur le génocide des Juifs slovaques, et par ailleurs il était un des historiographes du sauvetage des « enfants de Buchenwald, dont lui-même faisait partie » : c’est lui qui établit la liste des survivants du fameux bloc des enfants au petit camp, le bloc 66.
Sans Guy Ducoloné (1920-2008), Président de l’Association française, la plus importante du Comité, le CIBD n’aurait pas eu le même développement. Résistant communiste, membre de la Résistance clandestine, il eut après la guerre une carrière politique de premier plan, notamment comme Vice-Président de l’Assemblée Nationale française. Il mit au service de ses camarades, son expérience politique, ses nombreux contacts, nationaux et internationaux, sans distinction d’opinions, ainsi que ses exceptionnelles qualités humaines : il fut en particulier le rapporteur de la loi indemnisant les anciens déportés français. Enfin il faut citer Floréal Barrier (1922-2015). Résistant communiste français, il était l’un des derniers, voire le dernier, survivants des combattants de la résistance clandestine qui le 11 avril libérèrent le camp. Trésorier du Comité, et Président du Conseil des détenus (Beirat) de Buchenwald, il a joué un rôle essentiel pour la préservation et la transmission de la mémoire de la résistance et de la déportation. Il a été la cheville ouvrière du projet de rénovation du musée actuel, en faisant profiter le Mémorial de son expérience et de ses idées ; il a été aussi le principal artisan de la collaboration avec le Förderverein Buchenwald à Weimar.
MISSIONS ACTUELLES ET FUTURES DU CIBD
Quelle est la situation aujourd’hui du Comité International dont la création et le développement viennent d’être évoqués à travers le souvenir des hommes qui en ont été les acteurs ?
Seuls dépositaires de la mémoire vivante des souffrances endurées et des combats menés, les survivants ont été les contributeurs essentiels à la naissance de la mémoire de la résistance, de la déportation et du système concentrationnaire, en délivrant leurs témoignages sur la réalité vécue sous la barbarie nazie. Ils l’ont fait en tant que témoins vivants, mais aussi au nom de leurs camarades et proches assassinés avant de pouvoir témoigner ce qu’ils avaient subi. Ils l’ont fait par fidélité envers le serment juré le 19 avril 1945.
Si la disparition ou la diminution de l’activité des anciens internés et déportés efface progressivement la camaraderie née des souffrances vécues et des combats menés en commun, et éteint définitivement la mémoire vivant, par contre, plus que jamais, en raison même de l’effacement des témoins, la défense de la mémoire des internés et déportés de Buchenwald, de Dora et de leurs kommandos constitue la mission principale du CIBD. Le Comité International est le défenseur de cette mémoire, notamment auprès des autorités politiques de l’Allemagne et des autres pays européen, et auprès des institutions allemandes et européennes en charge de cette mémoire.
Tout aussi important est le devoir absolu pour le Comité International de veiller à la préservation des sites et de ne tolérer qu’aucun changement éventuel des modalités de gestion par les autorités en charge de ces lieux ne mette en danger les vestiges des souffrances des victimes de la barbarie nazie. Enfin, la troisième mission essentielle du CIBD est de constituer un lieu de rencontre, d’échange et de coordination des travaux et des projets et travaux des diverses associations nationales membres du Comité.
Aux générations d’après-guerre, familles, militants, chercheurs et historiens, d’assurer maintenant, au coté des survivants de Buchenwald, cette mission, en collaboration étroite et amicale avec la Fondation des Mémoriaux, le Förderverein Buchenwald et les institutions les soutenant.